Le hasard fait la vie ... mais était-ce vraiment du hasard ?
Les flammes du feu dansaient sous ses yeux. Un bruit lui fit tourner les yeux. Elle s'était retournée dans son sommeil. Une partie de son dos était visible, elle grelottait. Il se leva et s'approcha. Il remit le duvet en place et déposa sur son front un baiser aérien. Cela faisait trois nuits qu'ils passaient dans les sous-bois. D'après ce qu'il avait compris, elle était accusée de sorcellerie et risquait le bûcher. Quand à lui, il fuyait sa famille qui voulait le marier à une parfaite inconnue. Il était tombé amoureux à partir du moment où il avait posé les yeux sur cette jeune fille qui courait dans les bois comme poursuie par le Diable.
Un sourire étira les traits durcis par le froid du jeune homme quand il repensa à leur rencontre : il ne l'aurait pas vu si elle n'était pas tombée, lui qui cherchait seulement à fuir avait fait peur à une autre personne qui fuyait ! Elle s'était foulée une cheville, il descendit de cheval pour l'aider à se relever. Aide qu'elle refusa, lançant des éclairs des yeux, il y avait aussi lu une grande peur, c'est là qu'il comprit qu'elle fuyait, elle aussi. Il la releva de force, elle tenta de s'échapper mais il fut plus fort.
- Quitte à s'enfuir, autant le faire à deux, non ?
Elle l'avait regardé les larmes emplissant petit à petit ses yeux déjà gonflés. Elle s'était jeté dans ses bras et avait éclatée en sanglot. Il l'avait bercée tant bien que mal, n'étant pas habitué à de telle effusion de sentiments. Peu à peu, elle avait fini par se calmer. Il l'avait fait monter sur son cheval et ils avaient avancé dans la forêt jusque tard dans la nuit. Il avait décidé d'un arrêt pour la nuit, la voyant tanguer dangereusement sur les côtés, ses yeux se fermant tout seuls. Ils avaient déterminé les tours de garde. Cependant il ne voulait pas la réveiller, elle s'en étonnait le matin en s'éveillant, une odeur de petit déjeuner dans les narines.
Elle ne parlait que très rarement, cela l'intriguait. Elle n'avait pour seul bagage qu'un manteau de fourrure aussi blanche que la neige, une lettre cachetée qu'elle rangeait précipitamment lorsqu'il approchait, et un pendentif en coeur brisé dont elle n'avait qu'une moitié. Il avait l'étrange sentiment qu'elle portait un lourd secret, ou en tout cas, quelque chose d'important la tiraillait. Il éprouvait pour elle des sentiments contradictoires, il l'aimait, il en était sur, mais il ne savait presque, voire totalement, rien sur elle.
Les premiers rayons du soleil perçaient au travers des feuilles qui les surplombaient. La journée s'annonçait froide malgré le mois de mai très avancé. Il la réveilla doucement, ils déjeunèrent frugalement, les vivres diminuaient à vue d'oeil. Ils firent disparaître leurs traces et repartir.
- Encore une fois vous ne m'avez pas réveillée pour mon tour de garde, remarqua-t-elle.
Il ne répondit pas, il se contenta d'un sourire vague. Elle leva les yeux au ciel.
- Quitte à fuir, faisons-le à deux, n'est-ce pas ? Vous tenez à peine debout ! Il faut vous reposez, Messire !
- Ne vous avais-je pas demandé de ne plus me vouvoyé ? répliqua-t-il rempli de malice.
Elle baissa les yeux, honteuse.
- C'est que...
-Ce n'est pas grave, passons pour cette fois ! Si je ne vous ais pas réveillée, c'est que vous êtes bien plus jolie endormie qu'éveillée !
Les joues de la jeune fille s'enflammèrent, elle se cacha derrière l'encolure du cheval. Il passa la tête par dessus et observa l'effet de sa réplique sur la jeune fille. Il était content de lui.
- Je n'aies pas le droit de vous vouvoyé mais vous si ? répliqua-t-elle, soudain.
Il ne s'attendait pas à ça, un sourire étira ses lèvres.
- On vouvoie une dame, ma chère ! Il va falloir que je vous apprenne à répliquer !
- Ne vouvoie-t-on pas un Monsieur ?
Il éclata de rire, elle se contenta d'un sourire moqueur.
- Fort bien, fort bien ! Vous apprenez vite, visiblement !
- Quand arrive-t-on aux Grands Lacs ?
- L'art de détourner une conversation ! ... Si nous continuons à se rythme environ cinq jours, si nous avançons la nuit, trois. Etes-vous si pressez de vous séparez de moi ?
- Vous n'arrêtez pas !
- Vous non plus !
La jeune fille soupira, cinq jours, trois si on ne s'arrête pas !
Mère, c'est si loin ! Elle commençait à fatiguer, elle s'épuisait de plus en plus vite et récupérait de moins en moins bien. Cela inquiétait le jeune homme qui n'était pas dupe, surtout qu'elle ne disait rien. Il avait fini par accepter son silence et à le respecter.
Deux jours passèrent où il ne se passa rien, par expérience, le jeune homme ne relâcha pas sa vigilance pour autant, bien au contraire. Le soir tombait doucement et la jeune fille dormait déjà. Le ciel était dégagé, trop dégagé, il avait plus toute la journée. Et là, le ciel se dégageait pour laisser place aux étoiles et à la lune ronde du début de ce mois de juin. La brume des Lacs épaississaient déjà la rosée du matin. Ils étaient obligés d'attendre qu'elle se lève pour continuer leur route. Il se décida à s'arrêter, inutile d'aller plus loin, le grand destrier commençait lui aussi à fatiguer ... Il réveilla la jeune fille et ils montèrent le camps. En silence, encore une fois. Mais la jeune fille s'agitait. A chaque bruit qu'elle entendait, elle sursautait. La lune pointait doucement le bout de son ventre rond. Les loups commençaient à hurler. Il fait noir maintenant. Ils avaient mangé.
Le feu mourait petit à petit. La jeune fille avait prit le premier tour de garde, comme elle avait déjà dormi à cheval, elle veillait. Elle avait peur. La lune était pleine. Même elle, elle ne savait pas ce qu'elle pouvait faire au jeune homme qui l'avait aider. Elle ne voulait pas lui faire de mal ... elle ne pouvait, il l'avait soignée et aidée ... Il fallait qu'elle se calme. Elle respira un grand coup.
- Tu es un monstre !!! On ne va pas contre ce que l'on est !!! hurla une voix dans la nuit.- Non !!! Non !!! je ne suis pas un monstre, c'est pas vrai !!! NON !!!
- Tu les as tous tués !!! Ils sont morts par ta faute !!! Tu les as dévorés jusqu'aux dernier !!! - NON !!! NON !!! C'EST FAUX !!! TAIS TOI !!! VA-T-EN !!!
La jeune fille se boucha les oreilles, mais impossible de na pas entendre cette voix qui ricanait dans son dos. Soudain, deux bras l'encerclèrent. Elle se débattit comme elle pu, mais elle était faible et ne faisait pas le poids face à la force de son adversaire.
- Calme toi, c'est moi !!! C'est Johan !!! C'est moi ... là ... calme toi, c'est fini ... chut ...
La jeune fille sa calma au son de sa voix. Elle l'aimait bien sa voix, douce et grave, rassurante et apaisante. Elle se laissa aller contre son torse et soupira. Les larmes coulaient doucement le long de ses joues rosies. Le jeune homme la serra contre lui, il l'avait entendu hurler, il n'avait pas comprit, il ne connaissait pas la langue dans laquelle elle avait parlé. Il avait juste retenu la terreur et la détresse dans sa voix. Ils s'endormirent ainsi, sous les regards bienveillants d'une meute de loups. Ils ne se réveillèrent qu'avec la rosée. En silence ils déjeunèrent quelques fruits trouvés alentour. Puis tout deux montèrent à cheval et ils partirent au galop dans la pleine, suivis sans s'en rendre compte. Ils ne parlèrent pas de la veille. Le jeune homme attendait patiemment qu'elle lance la conversation, mais elle n'avait pas l'air décidée ... Il fallait qu'il sache pourtant. Il ne savait pourquoi, mais il avait besoin de savoir.
Cinq jours passèrent en silence. Au matin du sixième, les Grands Lacs se dévoilaient enfin à leurs yeux. Le spectacle leur coupa le souffle. Trois lacs immenses se dessinaient sous leurs yeux ébahis. Une légère brume voilait la surface calme des lacs, reflétant milles rayons de lumière. Un filet de fumée s'élevait de la cheminée d'une maisonnette sur la rive du premier lac. Ils descendirent la colline prudemment et allèrent frapper à la porte, se regardant bizarrement, leur destination était-elle la même ? Apparemment, oui ... Un vieil homme vint leur ouvrir. Alors qu'il allait les sermonné pour l'avoir réveillé, il croisa les yeux de la jeune fille ...
- Sonya ... par tous les Saints ... souffla-t-il, stupéfait.
La jeune fille ne connaissait pas ce nom ... ou ne s'en souvenait pas ... mais ce n'était certainement pas le sien ...
- Vous devez faire ... erreur, je suis Ashra ... contredit-elle.
- Oui, vous êtes la fille de Sonya ... vous lui ressemblez énormément ...
- Non, ma mère s'appelait Catherine ...
Les yeux du vieil homme se voilèrent.
- Oui, ma soeur ... Catherine ... Elle est morte ?
- Je ... oui ... je suis désolée ...
- Je le savais ... je ... ça va ... entrez, on a des choses à ce dire ...
Il disparu à l'intérieur de la maison et les deux jeunes gens le suivirent. Ils s'installèrent autour d'une table, et le vieil homme leur apporta un chocolat chaud chacun.
- Il y a longtemps, Sonya de la Marée Blanche est tombée amoureuse ... Elle est tombée enceinte ... Enceinte de toi, Ashra ... Pour laver son honneur, ses parents la marièrent à cet homme cruel qui la battait, elle t'a mise au monde dans l'ombre de la chambre de ta mère, Johan ... commença le vieil homme.
Les deux jeunes échangèrent un regard ahuris. Comment était-ce possible ? La hasard aurait-il bien fait les chose ? Avaient-ils pour une fois de la chance ?
- Elle ne voulait pas te garder près de toi, elle disait que ce serait trop dangereux, elle ne voulait pas te faire de mal ... Elle cherchait à te faire échapper, elle ne voulait pas que tu ais le même sort qu'elle ... alors elle t'a confié à sa meilleure amie, Solange, la mère de Johan ... lui faisant promettre qu'un jour tu retrouverais le rang qui t'était dû, celui de ta mère ... Celui de duchesse ... cousine du roi ... Solange ne pouvait pas te garder près d'elle, là aussi çela aurait été dangereux pour toi, le mari de Sonya t'aurait retrouvée ... C'est donc la sage femme qui t'a recueilli ... ma soeur Catherine ... Avec cette lettre que tu n'as pas ouverte et que tu gardes précieusement ... jalousement ... finit le vieil homme.
La jeune fille tremblait. Tremblait de rage contre ce mari fou qui l'avait séparé de sa mère. Elle était duchesse ??? Non, pas elle, elle ne faisait que dresser les chevaux, elle ne savait faire que ça ...
- Comment ma mère va faire pour lui rendre son rang ?
- Tu ne sais pas ? Pourquoi es-tu là ?
Le coeur du jeune homme manqua un battement. Il ne voulait pas y croire, c'était trop beau ... Oui, effectivement, le seul moyen de lui rendre son rang serait de la marier ... Il n'osait pas y croire ... Mais accepterait-elle ?
La jeune fille se leva et sortit. Une dizaine de gardes entouraient la maison. Elle prit soudain peur. Allaient-ils l'arrêter ?
- Ashra, attend !!! rattrapa le jeune homme.
Il s'arrêta net devant les gardes, ils étaient là pour lui. Et elle aussi. Mais au fond que fuyait-elle ainsi ? Il n'eut pas le temps de réfléchir plus qu'elle partait en courant vers les lacs. Il ordonna aux gardes de la laisser et il partit lui même à sa recherche. Une demi heure plus tard, il le retrouva tremblante au bord de l'eau.
- Viens avec moi ... on vengera ta mère ... ensemble ...
Il lui tendit sa main en souriant, essayant de se faire rassurant.
- Seulement venger ma mère ?
- Et toi, aussi ... et puis ... êut-être que finalement ... j'arriverais à te tutoyer ... sourit-il.
- Oui, peut-être que moi aussi, je ferais un effort ...
- Qu'est+ce que tu fuyais ?
- Moi, c'est moi qu'elle fuyait !!! Sale garce, tu m'auras donner du retord, comme ta mère !!! trancha une voix comme une lame de rasoir.
La jeune fille sursauta. Non, pas lui ... pas lui ... Mais minute ... comme sa mère ... serait-ce ...
- Laisse là, Marc-Antoine !!! Elle ne t'appartient pas !!! tonitrua la voix du vieil homme.
- Mon père ... je vous croyais mort depuis tout ce temps ...
- Je ne vous ferais pas cette faveur, Messire ... Va-t-en, tu ne l'auras pas !!! Tu as fait assez de mal comme !!!
- Elle m'appartient !!!
- Elle n'est pas ta fille, tu l'as reniée !!! Tu te souviens ?
- Solange ... hum ... réunion de famille on dirait, tout le monde est là ... Dommage que notre chère Sonya ne soit plus là, elle aurait été ravie ... ironisa Marc-Antoine.
-Tu ne mérite pas le nom que tu porte, monstre !!!
Le soleil était maintenant à son zénith. La jeune fille sourit.
-Père ? Appella-t-elle doucement, la lettre ouverte dans ses mains. Mon mariage est arrangé depuis bien plus longtemps que vous ne le pensez ... Ma mère et sa meilleure amie on signé il y a de cela très longtemps un pacte ... leurs enfants se marieraient ... Et je compte honorer les dernière volontés de ma mère ... cela ne dépend plus de vous maintenant ...
Elle tendit la lettre à Marc-Antoine. Il la lu et la déchira de rage.
-Ce n'était qu'une pâle copie ... sourit Ashra.
-Garce !!!
Marc Antoine se jeta sur elle mais fut fauché en plein vole par une dizaine de fèches. La jeune fille tomba à genoux et pleura.
- Elle espérait !!! Tout les jours elle espérait que tu changerais pour elle ... elle t'aimait ... tu l'aimais à ta façon, mais ce n'était pas la bonne ... tu as tout gâcher, elle a fini par te haïr ... parce que tu l'avais privée de sa vie ... tu l'avais privée de moi ...
- Sonya ... murmura Marc Antoine dans son dernier souffle.